Interview du Préfet Modeste TOBOULA à propos de la suite des opérations de déguerpissement…

Modeste TOBOULA à propos de la suite des opérations de déguerpissement…

«… Cotonou deviendra une belle ville où il fera bon vivre et une cité attractive pour les touristes.»

Nous assistons depuis quelques jours à une opération d’assainissement et d’embellissement des grandes villes du Bénin, sur instruction de l’Etat. Cela se traduit par la libération des espaces publics et la destruction des constructions ayant une emprise sur ces espaces. Le Préfet du Littoral, Monsieur Modeste Toboula, principal acteur de l’opération de déguerpissement à Cotonou, nous explique dans une interview exclusive, les grandes raisons de cette réappropriation des espaces publics par les autorités et nous dévoile les projets d’aménagement et d’embellissement de la ville de Cotonou. 

Bénin Immo: 
Bonjour Monsieur le Préfet,
L’actualité au Bénin est sans doute l’opération de déguerpissement des rues et grandes artères de nos villes que vous conduisez à Cotonou. Qu’est ce qui sous-tend cette action ? 

Préfet Modeste Toboula: Deux raisons sous-tendent cette opération : le souci du gouvernement de rendre nos villes attrayantes et d’en faire des pôles économiques répondant aux normes internationales. L’autre raison découle d’un constat qui ressort de l’analyse des indicateurs du recensement général de la population : aucune ville du Bénin ne répond aux normes de « ville durable » telles que définies au niveau international et ne dispose des conditions optimales pour le développement économique et la mobilisation des ressources nécessaires. 

En effet, le potentiel de mobilisation de ressources se voit réduit en partie à cause de l’anarchie dans la gestion de l’immobilier et l’occupation anarchique des espaces publics et des biens de l’État. 

Il était urgent et nécessaire d’agir. En commençant par la libération de ces espaces pour ainsi permettre à l’État de récupérer ces biens qui appartiennent à tout le monde. Nul ne détient de droit de propriété sur ces patrimoines qui sont inaliénables, insaisissables et imprescriptibles. Toutes les personnes morales ou physiques ayant passé un accord avec la mairie et payé pour pouvoir les utiliser n’ont absolument aucun droit, ils n’en ont que l’usufruit et non la propriété.

Le code domanial a, entre autres, prévu un certain nombre de conditions pour l’utilisation des espaces publics. L’on constate aujourd’hui  que l’utilisation qui est faite de ces espaces ne répond à aucune de ces conditions. Ainsi, les divers contrats signés avec la Mairie de Cotonou dans ce domaine tombent sous le coup de la nullité de droit.

Comment se présentent la situation et les contraintes liées à cette opération dans Cotonou qui est d’abord la plus grande ville du Bénin, mais qui a également des spécificités propres ? 

La première phase de cette opération consiste en la libération des terre-pleins centraux de la ville avant le 31 décembre 2016. Ceci a été fait ! La deuxième phase concerne les terre-pleins centraux qui n’auraient pas été libérés et les trottoirs. Cette opération est également quasi terminée. 

En termes de difficultés, il n’y en a pas eu beaucoup. Au départ, nous avons senti une timide résistance, mais grâce à la communication (sensibilisation) et à d’autres actions, les populations réticentes sont revenues à de meilleurs sentiments. La preuve est que nous avons constaté le 02 janvier que ce sont les populations elles-mêmes qui ont donné le top départ des opérations en démontant et démolissant tout ce qu’elles pouvaient des édifices répertoriés par nos services. Quand nous sommes entrés dans la phase opérationnelle le 04 janvier 2016, la majorité du travail était déjà faite. Nous avons simplement aidé ceux qui, pour une raison ou une autre, n’ont pas pu libérer à temps les espaces.

Pouvez-vous nous dire l’étape qui suivra le déguerpissement ? Un nouveau schéma urbain pour une certaine harmonisation des espaces publics et des devantures des boutiques par exemple ?

Dans la mise en œuvre du programme d’action 2016-2021 du gouvernement, Cotonou recevra la majorité de l’investissement public qui sera affecté à l’aménagement primaire, à l’aménagement spatial et à la construction des infrastructures modernes. Il est donc prévu dans un court délai, l’aménagement et le pavage de ruelles, le bitumage d’environ 300 km de voie. Un plan d’aménagement spécifique pour certaines zones telles que Ganhi, le marché Dantokpa, les berges lagunaires, sera exécuté en partenariat avec le secteur privé, conformément à la loi sur le partenariat public et privé. La construction d’hôtels de haut standing d’espaces de loisir et de culture fait partie de ce plan. Une autre œuvre non négligeable sera la réalisation de la voie de contournement de Cotonou qui rejoindra la route des pêches. Rallier Cotonou à partir du futur aéroport de Glo Djigbé en 15 minutes sera bientôt une réalité. 

Quant à l’harmonisation des artères principales de la ville, des formats standards ont été conçus et attendent une validation avant d’entrer en application.  L’aménagement sommaire de la devanture d’une habitation est du ressort du propriétaire. Ces formats prévoient des devantures de propriétés en pente jusqu’au niveau des trottoirs, et des trottoirs entièrement réservés aux piétons. 

Nous envisageons même une harmonisation des couleurs de badigeonnage de toutes les maisons aux couleurs de la ville.

Les terre-pleins et les espaces publics seront réaménagés de façon particulière avec un accent sur la verdure. Les éclairages publics seront réparés/et ou installés. Certains sites seront dédiés à certains d’activités et seront donc aménagés en conséquence.

Comme réponse aux attentes des milliers de commerçants et autres professionnels, nous aurons d’autres types de boutiques-cabanons standardisés (amovibles et en matériaux durables et plus respectueux de l’environnement) qui remplaceront les baraques en tôle ou les conteneurs désormais interdits.

Quelles sont les mesures prises pour respect des consignes de « non occupation » des « espaces libérés » ?

Tous les Commissariats de la ville sont chargés de faire respecter ces consignes et dissuader toute tentative de « recolonisation ».  Nous continuons nos actions d’information et d’éducation des citoyens pour que tout se passe sans heurt aucun. Nos actions dans ce sens complètent celles de la Mairie. 

Personnellement, comment voyez-vous Cotonou à la fin de l’opération ?

Notre objectif est que Cotonou devienne comme les villes internationales. Avec les opérations programmées, Cotonou deviendra une belle ville attractive pour les touristes et où il fait bon vivre. Il y aura par exemple de l’espace pour le jogging, des places publiques bien aménagées, l’éclairage public dans toutes les rues etc. Le seul défi restant c’est la gestion des déchets. Des dispositions seront prisent dans ce sens ensemble avec la Mairie

Votre dernier mot ?

Notre pays est à la croisée des chemins pour se révéler à lui-même et au monde. Nous avons tous le devoir de l’accompagner à travers le respect des lois d’urbanisation. Personne ne sera de trop, car nous pensons que l’homme est capable du bien. J’en appelle donc à l’esprit citoyen de chaque béninois et béninoise, particulièrement les habitants de la ville de Cotonou pour soutenir et accompagner le processus de transformation et d’embellissement de notre ville.

Télécharger la version PDF du magazine

Articles Similaires

Compare

Enter your keyword