Interview de Monsieur José Tonato, Ministre du Cadre de Vie et du Développement Durable

Interview de Monsieur José Tonato, Ministre du Cadre de Vie et du Développement Durable.

«… Nous travaillons donc sur l’attractivité du Bénin en commençant par celle de Cotonou…»

A peu de jours de la fin de l’opération «libération des espaces et domaines publics», le Ministre du Cadre de vie et du Développement Durable, José Tonato, tire les grands enseignements de cette action de salubrité d’envergure. Occasion aussi pour celui qui assure la coordination de l’opération de révéler les grands chantiers urbains à mettre en œuvre. Il met un accent particulier sur la série de projets que le gouvernement a élaboré pour Cotonou afin d’exhiber ses attributs de vitrine du Bénin.

Bénin Immo: Bonjour Monsieur le Ministre,
L’actualité au Bénin depuis quelques semaines voire quelques mois est de toute évidence ponctuée par les opérations de déguerpissement des espaces publics de nos villes principales et secondaires. Opérations dont vous assurez une certaine coordination en votre qualité de Ministre du Cadre de vie et du Développement Durable. Pouvez-vous nous décliner les grandes phases qui constitueront  la suite logique de la récupération de ces espaces publics ? 

Il reste important de revenir sur les raisons et motivations de ce déguerpissement. La libération des espaces publics vise à redonner au domaine public tous ses droits. Entendez par domaine public la voirie et tout ce qui va avec : les réseaux routiers, les trottoirs qui étaient particulièrement encombrés par les petits commerces ces dernières années. Cela avait des conséquences assez préjudiciables pour la circulation et notamment sur le paysage urbain.
C’est une opération qui vise à restaurer l’espace public et à faire comprendre aux citadins que ces espaces doivent être dégagés pour faciliter la circulation et les opérations de secours et de sauvetage, les interventions des forces de l’ordre, etc.

En fait, pour le gouvernement, il s’agit d’anticiper et de préparer le terrain à un certain nombre de projets dans l’agglomération de Cotonou et dans la plupart des villes moyennes. L’opération a également une dimension pédagogique et de sensibilisation par rapport à la gestion du domaine public. L’exploitation irrégulière de certains domaines publics, les trottoirs et autres façades de maisons par les mairies et des particuliers est contre la loi et la règlementation. Ces espaces sont inaliénables et imprescriptibles !

Comme je le disais précédemment, la récupération du domaine public était un préalable à la réalisation des projets du gouvernement. Sur les 45 projets phares, mon département en conduira 11. 

Et sur les 11, 8 concernent directement Cotonou : la modernisation du marché Dantokpa, l’aménagement des berges lagunaires, la rénovation de la zone du camp Guézo, la rénovation de la zone de Ganhi, la modernisation de la gestion des déchets et ordures, le programme d’asphaltage de Cotonou, le programme «villes durables» et le plan directeur d’assainissement de la ville de Cotonou. Ce plan dont l’exécution traine depuis une quinzaine d’années et estimé à 400.000 milliards de francs CFA était prévu pour être finalisé en 2035. Il sera réalisé sous ce mandat. Avec l’aide du chef de l’Etat, le gouvernement a pratiquement mobilisé le financement nécessaire pour le faire.

Quant au projet asphaltage, il prévoit la réhabilitation de la voirie et de l’assainissement urbain. Sur les 5 ans à venir, 600 à 800 km de voies seront bitumées et/ou revêtues dans les chefs-lieux de départements dont 200 km de voiries primaires et secondaires à Cotonou seule. Ceci aura un très grand impact qualitatif sur le réseau et améliorera considérablement les services urbains comme le transport, la gestion des déchets et l’assainissement. Préparer le terrain était donc primordial.

Monsieur le ministre, dans le programme d’action 2016-2021 du gouvernement, Cotonou recevra une attention particulière. Les enjeux de l’urbanisation y sont économiques et sociaux.  Ils sont également environnementaux…

C’est vrai ! Cotonou intéresse au plus haut point le gouvernement car c’est la vitrine du Bénin. Mais cela ne veut pas dire que les autres villes du pays soient délaissées… Seulement que la majorité des personnes qui viennent au Bénin ne dépassent pas Cotonou pour la plupart. Et l’essentiel des fonctions politique, administrative et même économique y sont concentrées même si certaines fonctions administratives sont à Porto-Novo, et toutes les villes périphériques servent de dortoirs à ceux qui viennent travailler à Cotonou. C’est ce qui explique les mouvements pendulaires que nous observons depuis quelques années. Ils occasionnent beaucoup de difficultés à la mobilité urbaine. C’est autant de choses qu’il faut régler… Et c’est même la raison pour laquelle nous intervenons aujourd’hui dans une démarche d’agglomération et parlons de plus en plus du Grand Nokoué qui est un continuum urbain qui s’étend de Porto-Novo à Ouidah. Toutes les villes situées sur cet axe sont prises en compte à cause des corrélations complémentaires qui existent entre elles. 

Ainsi au titre du programme « villes durables » le gouvernement veut établir une certaine synergie entre les différents secteurs de l’aménagement du territoire, du développement urbain, de l’habitat, de l’environnement ainsi que la foresterie. Des interventions intégrées et complémentaires seront menées. Pour exemple les « 20.000 logements » à construire le seront dans une démarche globale qui prendra en compte la résilience climatique; ils seront peu gourmands en énergie électrique et alimentés par les énergies renouvelables plus respectueuses de l’environnement. Ces logements seront utilisés comme une démonstration pilote pour montrer le sens dans lequel nous voulons aller.

En somme, il s’agit de faire changer de palier et d’échelle à l’agglomération de Cotonou pour la hisser au niveau des autres grandes villes africaines. Et la place que nous voulons qu’elle occupe l’oblige à disposer des infrastructures et des atouts qui favorisent son développement touristique et économique. Nous travaillons donc sur l’attractivité du Bénin en commençant par celle de Cotonou. Ce qui nous ramène nécessairement à la libération des espaces publics. 

Si le programme d’actions du gouvernement doit réussir, il faut qu’il réussisse à Cotonou d’abord. Nous y travaillons, dans la complémentarité avec tous les autres secteurs, et en étroite collaboration avec les municipalités concernées et toutes leurs  forces vives.  

Mais les besoins en logement restent énormes à Cotonou particulièrement et les nécessités de l’activité économique rendent difficiles l’urbanisation. Comment appréhendez-vous ces difficultés face aux enjeux de «re-urbanisation» à venir ? 

C’est vrai que l’on observe à Cotonou une certaine mutation fonctionnelle. L’habitat perd du terrain en faveur des activités commerciale et administrative. Et le phénomène va s’accentuer. Culturellement, le béninois préfère avoir son propre « carré » et y habiter seul avec les membres de sa famille. Raison pour laquelle il va de plus en plus loin pour acquérir « sa parcelle » et cet étalage urbain coûte très cher. Un seul exemple : les 25m de canalisation d’eau pour l’alimentation d’une seule habitation de 5 à 10 personnes peut en alimenter 50 à la fois. Les réseaux routiers dont nous disposons actuellement et qui desservent 500.000 personnes peuvent desservir, sans être améliorés, 5.000.000 de personnes ! Il y a des espaces qui coûtent trop chers pour qu’une seule personne les occupe. 

Mais nous avons des réponses techniques pour y faire face. Des réponses d’urbaniste comme la densification et la recolonisation de l’espace.

Les orientations sont très claires aujourd’hui : nous allons commencer à densifier car c’est la meilleure solution pour des pays pauvres et en voie de développement comme les nôtres. Dans les programmes de logements à venir, une partie des habitations  seront collectifs. Et nous travaillerons à progressivement accompagner les populations vers la densification des habitations pour régler les disfonctionnements liés au foncier et pour utiliser le plus intelligemment possible les ressources du pays. 

Vous savez, Cotonou, sans avoir les mêmes avantages comparatifs, est plus chère qu’Abidjan par exemple. Cela est dû aussi en partie à la spéculation et au mode de gestion foncière que nous utilisons. D’ailleurs et compte tenu des problèmes évoqués précédemment, le code foncier et rural adopté seulement en 2013 est en train d’être révisé pour en tenir compte. Il sera soumis dans les tous prochains mois. 

Par quel bout commencer pour s’assurer qu’au terme du quinquennat les objectifs fixés seront atteints et pourront s’inscrire dans la durée ?

Nous y travaillons et le Président de la République fait tout ce qui est en son pouvoir pour doter le pays des moyens nécessaires pour y arriver.

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La Rédaction

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